Stabat Mater d'Anton Dvořák par l'orgue et l'ensemble vocal et instrumental de Saint-Florentin, direction Sylvain Quoirin – Pontigny (Abbatiale) (affiche de l’événement)

Stabat Mater d'Anton Dvořák par l'orgue et l'ensemble vocal et instrumental de Saint-Florentin, direction Sylvain Quoirin

Dimanche 18 octobre 2026 (17h)
Pontigny (Abbatiale)


Durée / Horaire : 1h30
Accès : Entrée payante
Tarif : 20 € / gratuit jusqu'à 14 ans
Réservation sur internet : cliquez ici
Email : [email protected]
Organisateur : Orgue à Pontigny orguedepontigny.fr

Une rencontre entre tradition et audace

L'abbaye de Pontigny, fondée en 1114 comme deuxième fille de Cîteaux, est un lieu où l'esprit de saint Bernard, grand promoteur du culte marial, imprègne encore chaque pierre. Ce grand réformateur cistercien a fait de la dévotion à la Vierge Marie un pilier de la spiritualité de l'ordre, transformant chaque abbaye en un sanctuaire de prière et de contemplation. Le Stabat Mater, hymne médiéval attribué au franciscain Jacopone da Todi au XVIIIe siècle, y trouve une résonance particulière : ce poème, qui médite sur la souffrance de Marie au pied de la croix, incarne une spiritualité de compassion et d'espoir, chère aux cisterciens.

La version d'Antonín Dvořák, composée entre 1876 et 1877, est une œuvre monumentale, née de la douleur personnelle du compositeur après la perte de trois de ses enfants. Bien qu'écrite après le Moyen Âge, elle porte en elle une universalité qui transcende les époques, mêlant affliction et lumière, désespoir et espérance. Son écriture en valeurs longues, ses mélodies amples et ses harmonies profondes en font une partition idéale pour l'acoustique généreuse de l'abbatiale de Pontigny, conçue pour porter la voix et la musique comme une prière collective.

Un pari artistique : l'orgue du XVIIIe siècle au service de Dvořák

L'Ensemble Vocal de Saint Florentin, que je dirige, fait le choix audacieux d'adapter l'orchestration originale de Dvořák – conçue pour un grand orchestre symphonique – à un effectif plus intimiste, centré sur le Grand Orgue de Pontigny, instrument du XVIIIe siècle enrichi par des cordes graves (violoncelle, contrebasse) et des cuivres (cors, trombones et trompettes), le tout ponctué par les timbales. Ce parti pris n'est pas une simple réduction, mais une réinvention : il s'agit de prouver qu'il est possible de jouer les grandes pages du répertoire classique dès lors qu'elles sont écrites en valeurs longues, comme c'est le cas du Stabat Mater. L'orgue, par sa palette de couleurs et sa capacité à soutenir les lignes vocales, devient le cœur de l'orchestre, tandis que les cuivres et les cordes graves apportent la profondeur et la solennité nécessaires à cette musique de deuil et de transcendance.

Cette démarche s'inscrit dans la philosophie de l'Ensemble Vocal de Saint-Florentin : montrer que la musique sacrée, même la plus ambitieuse, peut rayonner dans des lieux historiques avec des moyens adaptés, sans sacrifier ni la puissance, ni l'émotion. L'acoustique unique de Pontigny, où chaque note semble suspendue dans l'espace, magnifiera cette interprétation, transformant l'abbatiale en une cathédrale sonore où la modernité de Dvořák dialogue avec la tradition cistercienne.

Un concert traversé par le deuil

Il est un fait que l'histoire de ce Stabat Mater ne peut être dissociée du drame qui lui a donné naissance : Dvořák l'a écrit alors qu'il venait de perdre coup sur coup trois de ses enfants. Cette musique n'est donc pas seulement une méditation sur la douleur de Marie au pied de la croix ; elle porte, en filigrane, la propre douleur de son compositeur, transfigurée en beauté et en espérance.

Cette résonance intime prend, cette année, une signification particulière pour l'Ensemble Vocal de Saint-Florentin. Notre chœur a perdu sa présidente, Janine Jacotot, femme admirable par son dévouement et son talent, qui a servi avec générosité et fidélité la cause de l'EVSF pendant de nombreuses années. Son absence se fera sentir bien au-delà de ce concert et nous chanterons ce 18 octobre à Pontigny avec la conscience aiguë de ce que nous lui devons.

De mon côté, j'ai perdu, en l'espace de moins de trois mois, deux de mes frères. Cette succession de deuils trouve un refuge naturel dans l'expression dramatique et presque obsessionnelle de cette musique, écrite à la mémoire des filles que Dvořák a perdues. Comme lui, j'ai éprouvé combien l'écriture, la musique, la création peuvent devenir un chemin pour traverser la douleur plutôt que la fuir.

C'est ainsi que ce concert du 18 octobre à Pontigny sera l'occasion d'honorer, à travers l'œuvre de Dvořák, tous ceux qui nous ont quittés cette année, et plus largement tous ceux que nous portons dans nos souvenirs. La musique demeure le meilleur moyen de sublimer la disparition des êtres chers : elle ne fait pas taire la peine, elle la transforme, et permet à l'amour qui subsiste de continuer à s'exprimer.

En choisissant ce lieu pour interpréter le Stabat Mater, nous rendons hommage à la mémoire de saint Bernard et à l'héritage marial de l'ordre cistercien, tout en affirmant que la musique, qu'elle soit médiévale ou romantique, reste un langage universel de l'âme. Ce concert sera une invitation à écouter, à méditer et à vivre une expérience où la foi, l'art, l'histoire et nos deuils les plus intimes se répondent en écho.

Sylvain Quoirin

Localisation
1 avenue de l'Abbaye 89230 Pontigny
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